Ce dernier trek de 48 km correspond, en fait, à la première moitié du trek du Huemul.
Le trek du Huemul est en train de devenir une randonnée mythique, tout comme le W de Torres del Paine ou le Santa Cruz de la Cordillera Blanca. Il tire son nom d’un cervidé de Patagonie et du Cerro Huemul proche, que l’on contourne.
Rando exigeante (65km), avec un enregistrement obligatoire au bureau du parc, des passages en tyroliennes pour traverser des rivières, une marche sur glacier, de fortes déclinaisons sur pierriers instables, la neige possible , un col extrêmement venteux…les difficultés ne manquent pas! Mais les paysages y sont sublimes.
Malheureusement, il nécessite quatre jours et il ne nous en reste que trois… Nous décidons d’en parcourir la première moitié, jusqu’au Paso del Viento et de revenir sur nos pas.
Jour 1: 16 km de forêts et Prairies humides
Les sacs lourds de vivres, nous marchons en forêt et traversons d’immenses flaques en équilibre sur des troncs d’arbres morts. Une légère montée de 3h nous fait parvenir à un large point de vue sur le Lago Viedma, bleu turquoise parsemé de blocs de glace issu du glacier du même nom.
A partir de là, la forêt cède la place à des prairies spongieuses et gorgées d’eau, la steppe patagonienne. Nos chaussures de rando ne font pas le poids! Elles commencent d’ailleurs à nous signifier clairement leur usure.
Nous cheminons 3 heures, tant bien que mal, en appui sur les bâtons pour ne pas presser l’éponge sous nos pieds trempés.
Enfin apparaît la belle vallée creusée par le Rio Toro. Nous descendons avec un panorama de sommets devant les yeux, dont le Cerro Huemul dont le trek fait le tour.
Un dernier effort d’une heure et nous arrivons au campement rudimentaire « Toro »: l’eau de la Laguna Toro est potable, des toilettes sèches, des emplacements barricadés de branchages pour se protéger du vent glacial. Sept tentes sont posées.
Malgré le vent violent, nous allons nous tremper les pieds dans cette belle Laguna couleur « kaki au lait » avec le glacier Rio Túnel Inferior en toile de fond.
Jour 2 : le coeur du sujet en 16 km
Tout ce qui n’est pas essentiel à la journée de marche a été laissé dans la tente. Les sacs bien allégés, nous partons avec une météo au beau fixe, sans vent ni nuage.
Le sentier nous fait contourner la lagune sur la droite et monte vers un canyon sur lequel est installée une tyrolienne. Jérôme s’en donne à cœur joie et Isabelle préfère traverser le rio à pieds, sans trop savoir à quoi s’attendre…(Profondeur? Température? Force du courant?)
Résultat : eau de fonte du glacier, donc bien froide, peu de courant, niveau à mi-cuisse, tout va bien!
Le sentier traverse un pierrier immense et pentu, puis il disparaît totalement, nous laissant marcher sur des cailloux de plus en plus glissants. Nous nous rendons compte que le glacier Rio Túnel Inferior déborde largement sur la pente. Nous sommes déjà dessus, car, sous une fine couche de cailloux, se trouve une couche bleu sombre de glace compacte! Nous décidons alors de descendre sur la partie visible du glacier, qui se révèle bien moins glissante, car incrustée de roches.
Nous évoluons sur le glacier en essayant vainement de retrouver un chemin tracé. Nous apercevons des randonneuses qui tentent de remonter sur le pierrier instable en escaladant dangereusement …
Nous préférons continuer sur la glace jusqu’à un endroit plus propice pour remonter.
Enfin, nous retrouvons le sentier et ses cairns, complètement invisibles d’en bas.
La dernière montée, en diagonale, à flanc de pierrier, est vertigineuse… Nous longeons le glacier Rio Túnel Superior.
Un petit passage sur des plaques de neiges et nous découvrons de petites lagunes d’eau cristalline.
Le Paso del Viento est là. Le moment est sublime…
Les massifs enneigés enserrent le Glacier Viedma, le plus vaste glacier d’Argentine.
Tous ces glaciers ne sont, en réalité, que les terminaisons d’une immense calotte glaciaire, de 16 000 km2, à cheval sur l’île Argentine et le Chili, le Camp de Hielo. Avec 48 glaciers majeurs et plus de 100 plus petits, il recouvre de glace 370 km. Nous nous émerveillons longuement devant lui, deuxième plus grand champ de glace de l’hémisphère sud (après l’Antarctique .)
La chance est avec nous, la faiblesse du vent nous permet de pique-niquer à cet endroit magique. Après 5 heures d’efforts, un petit repos bien mérité !
La descente s’annonce facile. Nous repassons dans la neige et glissons à grands pas dans le pierrier. Nous rejoignons rapidement le glacier et progressons sans difficulté.
Nous avons à nouveau totalement perdu de vue le sentier … Nous avons trop avancé sur la glace, les crevasses se multiplient et la paroi sous nos pieds devient translucide…
Bon coup de stress lorsque l’on se met à glisser sans maîtriser la trajectoire…
Quand nous décidons que cela devient trop dangereux et qu’il nous faut remonter vers les pentes pierreuses, nous devons rebrousser chemin car ces pentes sont en glace…
Hélas, nous ne reconnaissons rien du paysage.
Retournons sur nos pas sur le glacier et retrouvons vite ce satané sentier!
Vu le stress du moment, il n’y a aucune photo de cette étape!
Heureusement maps.me nous indique que le sentier est plus haut et lorsque deux randonneurs tardifs descendent, nous retrouvons enfin le vrai chemin et ses cairns, à flanc de montagne.
Le soulagement accélère la descente. C’est à nouveau une traversée de la rivière glacée pour Isa et un coup de tyrolienne pour Jérôme. Il nous a fallu 5 heures depuis le Paso del Viento pour rejoindre le camp et la soupe, dont une heure complètement perdus sur la glace!
Jour 3 : retourner sur nos pas, 16km
C’est en sens inverse que nous rebroussons chemin, avec un dernier regard pour la vallée, les montagnes, les glaciers, la Laguna …

Nous retrouvons, hélas, le sol spongieux marécageux puis la magnifique forêt et ses flaques boueuses. Une dernière vue du Lago Viedma et la descente nous mène au bureau du parc, en 6 heures, où nous signalons notre retour.
Bye-bye El Chaltén et merci à toi, nous reviendrons!

Épilogue
Nous sommes restés seulement 6 jours à El Chaltén et nous y avons crapahuté sur 101km de sentiers!











































